Schmocs "Schmilblick online courses"

Si vous avez tendu l'oreille ces derniers temps dans les couloirs des universités et des centres de formation d'entreprise, vous avez peut être entendu parler d'une nouvelle génération de trolls, les Moocs, Mocs, Spocs, Soocs, Flots, Cloms, xMoocs, cMoocs, Cooc... Disons les schmocs. Des trucs en ligne pour faire des cours.

Résurgence de la "vague du e-leaning" du début des années 2000, les schmocs désignent des êtres assez divers, qui ont en commun le numérique comme support d'information et de communication. Mais le marketing de surface qui fait du neuf avec du vieux ne doit pas cacher une rupture assez fondamentale qui s'opère et s'inscrit dans les bouleversements sociétaux induits par le numérique.

Les schmocs sont des barbares qui envahissent les territoires de la formation, sans respecter les lois qui les régissent. D'aucuns y verront l'occasion de bouleverser les pouvoirs en place, d'autres la nécessité de mettre en place des lignes de défense pour les préserver. J'essaierai, à travers cet article, d'apporter quelques éléments permettant aux huns et aux autres de voir qui sont ces schmocs, comment composer avec eux, peut-être ce que nous pouvons en apprendre.

Les schmocs, ces barbares

Le terme de barbare désigne les initiatives liées au numérique qui bouleversent l'ordre socio-économique établi. Ces entreprises barbares partagent un positivisme numérique et une posture disruptive : le numérique change le monde, c'est souhaitable, et seuls de nouveaux entrants peuvent en être les apôtres. Si la posture est parfois caricaturale, la vision est néanmoins très riche d'enseignement et les résultats souvent surprenants.

J'emprunte le terme de barbare aux fondateurs de TheFamily, entreprise d'accompagnement de start-up dans le domaine du numérique. Il désigne les entreprises - au sens large - qui bouleversent l'ordre socio-économique établi. The Boson Project, autre entreprise de conseil, parle de son côté d'invasion dans le cadre d'un rapport cosigné avec BNP Paribas, ou d'invazion (sic), pour inclure le Z de la génération Z.

Si bien entendu il est difficile de circonscrire un groupe homogène, celui-ci renfermant une diversité importante de points de vue, ces entreprises partagent un ensemble de valeurs très structurantes, qui prennent leur racines dans un positivisme numérique et une posture disruptive.

Positivisme numérique

« Notre monde [est] chaque jour transformé par des innovations scientifiques et techniques époustouflantes (Khan, 2013). »

Les barbares s'inscrivent dans la tendance technique du numérique, revendiquant une révolution technique à l'origine d'une révolution sociale. Ils se caractérisent par une vision universelle de cette révolution, au sens où le numérique touche tous les pans de la société ; ainsi que par une vision technophile, le numérique est fondamentalement positif, et les initiatives associées sont sur-valorisées.

On retrouve ici une approche inspirée du positivisme transposée au numérique, au sens où, selon les barbares, il n'existe ou n'existera de réalité que numérique et que cette réalité est appréciable ou souhaitable.

Posture disruptive

« Our belief is that deep, radical and urgent transformation is required in higher education as much as it is in school systems. Our fear is that, perhaps as a result of complacency, caution or anxiety, or a combination of all three, the pace of change is too slow and the nature of change too incremental. (Barber et al., 2013) »

Le concept de disruption est hérité de la disruptive innovation (innovation de rupture) telle qu'introduite par Clayton Christensen (1997). Une disruptive innovation est une innovation en décalage si fort avec les pratiques établies qu'elle ne peut s'insérer dans le système existant ni être rappropriée par les acteurs en place, tant elle remet en cause leurs positions dominantes. Ces acteurs existants voient - à raison - la disruptive innovation comme une menace pour la stabilité de leurs activités présentes. En conséquence seuls de nouveaux entrants peuvent porter et développer la disruptive innovation, ce qui peut freiner voire empêcher son développement, mais peut également conduire in fine à la déstabilisation effective du système qui y a résisté.

Ainsi les barbares mettent en avant ces entreprises du numérique qui ont rebattu les cartes de secteurs économiques entiers en très peu de temps ; les success stories d'entrepreneurs qui les ont fait naître, idéalement partis de peu comme Marc Zuckerberg ou revenus de loin comme Steve Jobs ; les pratiques commerciales d'acteurs comme Free ou Uber qui se construisent ouvertement contre les « usages ».

La posture disruptive est en effet aussi à entendre au sens de contre, contre les positions dominantes, contre les pratiques bienséantes, contre les acteurs respectables.

Éléments de culture barbare

« La culture est plurielle, la culture numérique c'est aussi une autre culture, c'est vrai que Montaigne c'est sympa, mais c'était il y a quand même un petit moment, aujourd'hui on a vraiment une autre culture qui est celle des geeks, et c'est elle qui a inventé Facebook, Google, etc. (Nicolas Sadirac, cf Niel et al., 2013) »

Ces postures novatrices sont souvent très systématiques et manque de regard critique (mettre à disposition un ordinateur sans aucune instruction suffit à apprendre l'anglais ou la programmation selon Ammar). Ces postures contre sont souvent caricaturales, et ont une certaine tendance à jeter le bébé avec l'eau du bain (l'école met volontairement les élève en situation de passivité pour les rendre plus malléables, elle « réprime » la créativité qui constitue un « critère d'exclusion » nous dit Khan). Mais elles sont un révélateur intéressant des éléments de culture qui se développent dans le creuset du numérique. On peut tenter de relever quelques uns de ces traits, sans prétendre à l'exhaustivité :

  • La méritocratie contre une société prédéterminée

  • L'ouverture contre une société fermée

  • La jeunesse contre une société dirigée par les plus âgés

  • L'entrepreneuriat libéral contre une société salariée, voire étatisée

  • La satisfaction de l'individu contre une société du devoir

  • Le réseau et l'horizontalité contre une société hiérarchisée

Les barbares et l'éducation

« Les attributs de valeur donnés par le système éducatif français jusque maintenant nous intéressent pas (Xavier Niel, cf Niel et al., 2013). »

Les schmocs héritent directement de la culture barbare. On retrouve la positivité numérique, les schmocs régleront les problèmes de l'éducation ; et la posture disruptive, les schmocs se construisent contre l'école, via une critique, de nouveau assez radicale, voire caricaturale, des structures en place.

« Les étudiants sont regroupés par niveaux d'une façon rappelant dangereusement le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley et négligeant complètement la variété et les nuances qui sont le propre de l'intelligence humaine, de l'imagination et de la création (Khan, 2013) ».

Portant un tel regard, partant d'un tel constat, il est donc temps de faire quelque chose, en effet. Et si les hypothèses feront bouillir plus d'un enseignant, les résultats en revanche, sont pour le moins intéressants. La posture disruptive est intéressante pour ce qu'elle permet ; et il n'est finalement pas si important que la vision initiale qui la rend nécessaire soit juste. La Khan Academy représente des milliers de vidéos libres, des millions d'utilisateurs, des usages réels à l'utilité avérée ; et finalement une articulation avec l'école traditionnelle : par exemple avec la promotion de la classe inversée basée sur l'étude de vidéos à domicile et le travail en classe sur des exercices.

Les schmocs se méritent

On retrouve de façon prégnante la construction méritocratique, qui s'incarne ici dans les capacités d'autodidaxie : pour suivre un MOOC, il suffit de se motiver, de s'organiser, de travailler, tout est mis à disposition pour réussir à qui y met du sien.

Xavier Niel ambitionne de former des génies, à entendre ici au sens d'entrepreneurs qui feront leur place dans l'économie numérique ; Emmanuelle Duez propose que les entreprises forment les meilleurs jeunes talents ; TheFamily évoque ces jeunes de moins de dix-huit ans qui suivent les cours de Stanford. Chacun peut à présent accéder l'éducation, il lui suffit donc de le vouloir, les barrières sociales et économiques seraient tombées (quand à ceux qui ne voudraient pas, voire qui ne pourraient pas...).

« In the past, ‘students' have been passive players on an education pathway. In the future they will need to be self-motivated, active agents prepared to take responsibility for their own learning and skill development. (Barber et al., 2013) »

Les schmocs sont ouverts à tous

L'école 42 est gratuite et accessible sans aucun pré-requis de diplôme (des concours de sélection permettent d'y accéder) ; les MOOC ont pour origine l'ouverture de cours en ligne des écoles américaines les plus prestigieuses, accessibles dans tous les pays du monde ; l'université ne s'adresse plus uniquement à des étudiants de 18 à 25 ans, mais à des citoyens qui ont besoin de se former tout au long de leur vie et alternent, voire mêlent travail et études, « every citizen is a potential student and a potential creator of employment (Barber ,2013). »

Un autre axe d'ouverture important caractéristique de l'horizontalité du numérique - au sens de démocratisation et désacralisation - se manifeste dans le fait que les cours eux même ne sont plus l'apanage des professeurs atitrés : « It's not just leading academics who can teach anywhere in the world, it is also the world's leading practitioners, from film producers to business people, from politicians to civil servants. (Barber et al. 2013). »

Les schmocs sont des histoires de jeunes

Les utilisateurs de Coursera sont plutôt jeunes selon Christensen et al. (2013), entre un quart et la moitié ont moins de trente ans (on notera malgré cette formulation empruntée aux auteurs, qu'une majorité a donc plus de trente ans, et en conséquence que le public est bien plus agé en moyenne qu'à l'université). L'école 42 est limité à trente ans, pour des raisons de "culture commune". Le Site du Zéro (devenu OpenClassrooms, MOOC français spécialisé sur la programmation) est une initiative de Mathieu Nebra alors qu'il était encore collégien ; Salman Khan a trente ans quand il fonde la Khan Academy. Ammar (2013) cite de nombreux exemples de sites en lignes massivement utilisés par les enfants et les adolescents (khanacademy.org, brilliant.org ou codecademy.com) ; il remarque que devenus adultes, ceux-ci conserveront ces mêmes habitudes d'apprentissage.

La gamification, c'est à dire la scénarisation des cours sous la forme de jeux, est une tendance importante : la meilleure façon d'apprendre à quelqu'un est de le faire jouer nous dit encore Ammar (ibid.). On parle de jeux sérieux (serious games) pour décrire ces hybrides entre jeux et cours qui ont pour objectif de motiver les adultes à une formation réelle et utile (sérieuse, donc) mais via une pratique ludique (jeune, donc).

Les schmocs sont des affaires d'entreprises

« L'entreprise demain en capacité d'attirer et de retenir les meilleurs jeunes talents de cette nouvelle génération serait une entreprise apprenante, voire une entreprise diplomante, l'entreprise va devenir une école (Duez, 2015). »

Les schmocs sont nés aux États-unis, à travers des initiatives personnelles comme celle de Khan Academy (association à but non lucratif) puis au sein de start-up (Coursera). Les utilisateurs de Coursera (Christensen et al., 2013) sont majoritairement des "curieux" et des salariés cherchant à progresser dans leur parcours professionnel.

On note en France l'initiative publique FUN (France Université Numérique) qui tranche avec cette dominante internationale.

Les schmocs répondent aux envies des individus

La première cause d'utilisation de Coursera est donc la curiosité (op. cit.). Les schmocs sont la réponse à une soif d'apprendre que les êtres humains portent en eux et que l'école ne permet pas d'assouvir, absente dans certains pays, trop coûteuse ou trop sélective dans d'autres, mal adaptée aux envies et aux besoins de la société moderne un peu partout, nous disent les barbares.

L'école a été construite par les états pour les états, pour répondre aux besoins de la révolution industrielle, les schmocs sont la réponse des individus pour les individus, pour répondre aux besoins de la révolution numérique.

« Le Z dit je serai entrepreneur de ma formation. De qui apprendra-t-on demain ? il répond de moi en premier lieu [...], de l'entreprise dans un second temps [...]. De qui apprendra-t-on demain ? de l'école à seulement 7% (Duez, 2015). »

« The key messages from the report to every player in the system are that the new student consumer is king and standing still is not an option. (Barber et al., 2013). »

« [Les élèves] assumaient la responsabilité de leur éducation (Khan, 2013). »

Les schmocs développent le travail horizontal et en réseau

Outre le processus de démocratisation que nous avons déjà mentionné et qui permet à tout citoyen doté d'une expertise et d'une volonté associée de devenir enseignant, les schmocs se caractérisent par une promotion forte du travail de pair-à-pair.

À 42, école sans prof, les élèves travaillent entre eux, s'organisent en groupe, s'évaluent les uns les autres. Ce qui permet en outre de baisser drastiquement le coût d'un étudiant, à environ 2500€ par an, contre 3 à 5 fois plus dans l'enseignement supérieur (Descamps, 2015). La plupart des MOOC reposent sur des mécanismes de corrections entre pairs, notamment pour répondre aux effets de masse, à l'instar d'OpenClassrooms : « L'élève est aussi correcteur. C'est ce qui nous permet de corriger 5 000 copies en 48h (Xavier Raffenel, cf Benyayer, 2014) ». Le modèle pédagogique trouve donc également une résonance économique de circonstance.

Près de la moitié des générations Z pensent que la réussite professionnelle dépend d'un « bon réseau », loin devant le diplôme (BNP Paribas and The Boson Project, 2015[1]). Les MOOC se mettent en exergue la dimension sociale de l'apprentissage, souvent même devant la maîtrise de savoirs et de savoir-faire (cMOOC).

Couvrez ce schmoc que je ne saurais voir

Est-il raisonnable de ne pas croire aux schmocs ? En se référant à la multiplicité des pans de la société touchés par le numérique et les différentes formes de désintermédiation qu'il rend possible, on peut au moins faire preuve de prudence, et ne pas s'arrêter aux apparences, ni se limiter aux postures de principes.

Premièrement, les bastions de l'enseignement traditionnel que sont le financement public et le diplôme ne sont peut-être pas si solides qu'ils le paraissent. Et s'ils devaient tomber, que resterait-il vraiment à l'université pour se défendre ?

Ensuite, dans un contexte où les conditions économiques de l'enseignement sont ré-interrogées par nos sociétés, les schmocs débarquent parés de promesses de gratuité ou de moindre coût ; alors que ces concepts de gratuité et de coût évoluent eux-mêmes.

Enfin, il faudrait parler un peu de pédagogie, c'est à dire de la façon dont les enseignements sont construits et délivrés, et des objectifs poursuivis.

Sans faux semblants...

Complément

La création de l'école 42 est une occasion intéressante d'entendre ses détracteurs, et ainsi de voir sortir les lignes de défense de l'école française :

  • 42 est une école privée.

  • 42 ne délivre pas de diplôme.

  • 42 n'a pas de prof (ce n'est pas sérieux !).

Qu'avons nous de plus qu'eux ? Qu'est ce qui définit l'enseignement supérieur ? Le diplôme, l'engagement des finances publiques, une structure établie.

Les réponses de Xavier Niel sont également intéressantes :

  • 42 est gratuite, il n'y a pas besoin de payer j'ai réglé la note pour tout le monde.

  • 42 promet un emploi à tous les étudiants, il n'y a pas besoin de diplôme en informatique pour trouver du travail.

  • 42 fonctionne en pair-à-pair, il n'y a pas besoin de prof, c'est adapté au monde numérique et ça développe l'esprit d'innovation.

Le diplôme et l'emploi

Le droit de diplômer requiert une validation par des commissions étatiqyues, ce qui permet de préserver une certaine exclusivité. Mais il y a une part d'arbitraire (les règles peuvent changer) et donc une certaine fragilité (si elles changent, de nouveaux entrants pourront concurrencer les établissements en place). Collins (ibid.) appelle ainsi à un changement culturel : « The potential is vast, but it won't be realized until MOOCs abandon their attachment to antiquated paradigms such as lectures and brand name universities ».

Par ailleurs, on note deux autres stratégies pouvant briser cette défense :

  • les certifications officieuses basées sur la réputation (Mozilla OpenBadges, validation d'acquis via les réseaux sociaux, école 42...) ;

  • les alliances (OpenClassrooms s'associe avec le réseau d'école privées Studialis pour proposer un parcours diplômant à BAC+3 reconnu par l'état).

La question du financement : d'une fausse gratuité à l'autre

  • L'enseignement supérieur aux États-Unis est basé sur la dette personnelle.

  • L'école n'est pas gratuite en France, elle est financée par les citoyens via l'impôt.

  • Les MOOC ouverts sont financés via des modes Freemium, de la publicité ou de la vente de données (Benyayer, 2013).

  • 42 et Khan Academy sont financés par des mécènes.

  • La diffusion numérique permet de diffuser gratuitement les supports du contenu.

  • Le coût de la formation n'est dans pas le contenu, mais dans l'accompagnement pédagogique.

  • C'est la refonte de cet accompagnement qui permet de réduire les coûts : autodidaxie, évaluation entre pairs amateurs, suppression des déplacements et du présentiel dans l'entreprise...

Complément

L'attente de gratuité - ou de moindre coût - qui se cache derrière le open des schmocs doit être remise dans le contexte de la naissance des MOOC aux États-Unis (Collins, 2013) : l'enseignement supérieur états-unien implique l'endettement des étudiants, les schmocs incarnent un espoir de moins s'endetter.

En France, l'école publique est financée par les citoyens via l'impôt, mais elle n'est pas gratuite, elle implique des coûts structuraux d'état. Les schmocs incarnent alors un espoir de réduire le déficit public. Dans le domaine de l'enseignement privé (formation d'entreprise, écoles payantes...) les schmocs incarnent également un espoir de réduire les coûts, internes à la structure cette fois.

Mais, face à ces espoirs, il y a une certaine confusion entre free (gratuit) et open (ouvert). C'est une confusion que l'on retrouve dans le domaine des logiciels libres (renforcée par le double sens en anglais de free comme libre et comme gratuit), et dans les offres "gratuites" des géants du Web, qui sont en réalité des transferts, ces derniers se rémunérant par la vente de données et la publicité. De nombreux MOOC sont d'ailleurs financés via des modes Freemium - les certifications ou des services d'accompagnement sont payants (Benyayer, 2013) - de la publicité ou de la vente de données (l'utilisateur est le produit).

Il y a en revanche une vraie logique de gratuité dans le mécénat qui supporte 42 ou la Khan Academy. C'est ici une réorganisation de la logique de financement de l'éducation qui se joue.

Il y a également une gratuité dans la duplication et la diffusion des supports du contenu.

Mais, le coût de la formation supérieure est le coût de l'encadrement pédagogique et non le coût du contenu. En effet ce coût est à peu près proportionnel au nombre d'étudiants à objectif et qualité constante. Il n'y a pas réellement d'économie d'échelle à faire dans le massif, sauf :

  • à dégrader : par exemple remplacer un cours à vingt par un cours à deux cents, c'est moins cher, mais c'est généralement moins efficace (sans que cela soit systématique non plus, tout dépend du type d'activité, mais disons que pour une activité optimisée à vingt, elle est dégradée à deux cents) ;

  • à changer les objectif : par exemple à remplacer une formation abstraite par une formation plus procédurale moins exigeante, ou plus communicationnelle.

Penser le MOOC comme gratuit ou économique (pour l'usager ou pour l'état) n'est possible que si l'on déplace d'abord la logique de l'accompagnement pédagogique : passage au paradigme de l'autodidaxie typiquement, à une forme communautaire d'encadrement pédagogique (apprentissage pair-à-pair), au travail à domicile (dématérialisation du lieu)... Ce déplacement peut être une substitution (« l'expertise du professeur n'est pas utile, voire elle est néfaste »), ou un complément (« l'expertise du professeur n'est pas tout le temps utile »).

Ce n'est pas le numérique qui permet de réduire les coûts, mais c'est le numérique qui permet des organisations nouvelles, et donc à des alternatives d'émerger.

Il y a ensuite une conjonction particulièrement opportune entre les alternatives qui ont été choisies et le fait qu'elle sont moins coûteuses.

Cette opportunité peut tout à faire être interrogée...

Tout de même, la pédagogie...

Sur Wikipédia, le président de l'association des professeurs de mathématiques de l'enseignement public (APMEP) est cité comme détracteur de la Khan Academy. Il réfute qu'un « financier puisse s'autoproclamer pédagogue ou éducateur » (il utilise même dans son texte le terme de « charlatan » et de « profiteur »), et pense que ce genre de démarche contribue à fragiliser l'école. L'école serait donc exclusivement affaire de professionnels (enfin, jusqu'au lycée j'imagine, puisque dans le supérieur les enseignants-chercheurs n'ont pas plus de formation qu'un vulgaire Salman Khan).

La pédagogie des schmocs est à discuter, d'autant que comme nous l'avons rappelé les choix sont également souvent des choix économiques. Mais il n'est pas toujours opportun de regarder ces pédagogies de haut. Et il faudrait appliquer le filtre de la critique aux pédagogies traditionnelles également, a fortiori dans un monde où le rapport à l'information est en profonde mutation.

Quand Malcolm Collins propose de supprimer les cours (lectures) ou qu'Emmanuelle Duez nous présente une génération qui se pense omnisciente, ils nous rappellent d'abord qu'aujourd'hui le contenu - digitalisé - est à porté de doigt partout et tout le temps. Le rapport à l'apprentissage ne peut pas ne pas être modifié dans ce contexte.

Dessine-moi un schmoc

« Ça c'est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans. »

Le spectre couvert par les schmocs est assez variable, et chacun y voit un peu ce qui l'arrange.

Il y a de mon point de vue deux caractéristiques qui justifient l'intérêt que l'on porte à ce phénomène, qui peuvent lui conférer le statut de rupture : la massification et l'ouverture.

Rappel : Course

Pour qu'il y ait enseignement, il faut qu'il y ait couplage entre prescription d'un parcours, organisation du travail et certification de la réalisation de la prescription.

Online Course

Le schmoc en tant que mise à disposition de ressources (online course) n'est pas particulièrement intéressant. Il s'appuie fortement sur des vidéo expositives et des quiz, souvent assez simples. Les interactions avec le document sont également assez classiques, limitées à des commentaires (pas de prise de note fine) et des forums (pas de réelle publication contributive). Les contenus sont la plupart du temps assez communs, rééditorialisation ou relecture de contenus existants par ailleurs.

On notera néanmoins parfois des angles didactiques originaux et des présentations par des experts du domaine. Mais l'innovation intéressante n'est pas dans le online course, on assiste même souvent à une offre en dessous de l'état de l'art.

Massive course

  • 20 élèves c'est l'école

  • 200 étudiants c'est l'université

  • 2.000 c'est encore éventuellement l'université

  • 20.000, c'est autre chose...

La formation massive conduit à se confronter d'emblée à la dégradation de l'interaction entre le professeur et l'élève (qui n'est pas forcément assumée en général), devenue trop coûteuse (nombre d'élèves / nombre de professeurs), voire impossible (expertise rare / demande courante).

Ce changement d'échelle pose des questions, cherche des réponses : autonomisation et décentralisation (pair-à-pair).

Open course

  • Ouvert gratuitement

  • Ouvert à tous, sans pré-requis de diplôme

  • Ouvert à tous, sans pré-requis d'antécédent (modularisation)

  • Pédagogie "ouverte" (exercices, projets, travail de groupe...)

Élevez vos propres schmocs

Il est à mon sens fondamental que les écoles, au sens large, si elles veulent continuer d'exister, s'approprient les schmocs, pleinement.

Il ne s'agit pas d'un « simple outil », mais d'un nouveau rapport au savoir et à la pédagogie que les écoles doivent maîtriser.

L'environnement technique de la pédagogie est constitutif de la pédagogie, il est ce qui rend l'apprentissage possible ; si l'école délègue ce cadre d'enseignement, elle disparaît.

( à suivre...)